Il est cinq heures du matin, la nuit est calme sur la capitale du Souss Madra, l’air est doux et bienveillant pour les vagabonds nocturnes, tels ces musiciens qui rentrent dormir, les paupières lourdes, après une nuit agitée. Il n’y a pas de vent, mais dans nos têtes résonnent encore les dernières notes du morceau que nous venons de finir d’enregistrer, à Inezgane, au studio Chtouka. Entre les lianes de brume qui descendent lentement avec le sommeil, j’entends mon cher Mehdi chanter avec son grand sourire lumineux: « Saharaaaaa! ». Je suis impatient que le public marocain partage ces nouvelles chansons que nous avons créées ensemble, et qu’elle traversent ensuite notre mer commune, la méditerranée … Combien de thé à la menthe et de café j’ai avalé depuis hier midi? M’Hand m’en a servi d’autorité dès qu’il sentait que j’avais besoin d’un peu de « vitamines marocaines ».
(photo: M’Hand Boufouss avec Titi et Mehdi)
Il y avait beaucoup de monde en studio, c’était un lieu de passage, d’amis, de musiciens, de comédiens, de scénaristes, … qui venaient aux nouvelles, il y avait beaucoup d’amitié, de respect et d’attention, ça gonflait les voiles de notre moral. Du coup, j’ai décidé de commencer cet article en présentant ceux qui ont leur part dans le succès d’un projet mais qui, bien qu’ indispensables, travaillent pourtant dans l’ombre.
Brahim Aït Ounjjar est le cuisinier des sessions de travail d’Ayouz Vision, il accompagne les équipes qui partent dans les villages de montagnes tourner les scènes de film en langue tamazight. Nous nous sommes régalés, comme à la maison (le tajine de poisson!).
(photo: Brahim à droite des photos, avec Hicham, Titi et le chanteur Laarbi Ihihi)
Slimane Attoug est monteur pour les films d’Ayouz Vision et assiste particulièrement Aziz Oussaih pour la production de notre disque. Il m’accompagne donc dans mes différents déplacements.
Keltouma Bakrimi est journaliste à Radio Plus Agadir dans les trois langues tamazight, arabe et française. Très impliquée dans le monde de la culture au Maroc, elle a traduit les poèmes du français au tamazight ou au darija (arabe marocain) qui sont chantés ou lus dans ce disque.
Renuka George, cinéaste indienne qui suit le projet des Rives dans son ensemble n’a pu, pour des raisons techniques, se rendre au Maroc. L’équipe des techniciens d’Ayouz Vision a pris généreusement le relais. Ces techniciens sont tous aussi musiciens et donc très impliqués dans une telle aventure. Je présenterai plus tard l’histoire de cette maison de production très impliquée socialement dans le renouveau amazigh.
ci-dessus: Ismaïl Azougay (lumière), M’Hand Oubry (son), Hassan Bennani (cadreur)
Au studio Chtouka, à Inezgane, il y avait deux ingénieurs du son, Hicham Sousson et Mohammed Elaourf, qui ont traversé en navigateurs téméraires cette semaine musicale agitée, avec des formations orchestrales différentes tous les jours et un projet artistique très différent des prises de son pour les disques des Rways (chanteurs berbères du Souss) qu’ils produisent habituellement (la production locale de musique amazigh est très importante ici, les poètes et poétesses chantent accompagnés des ribabs et ont une énorme audience populaire). Hamdoulah, nous avons atteint l’autre rive sains et saufs!
Hicham (à gauche) et Mohammed (à droite)
Le studio Chtouka est situé près d’Agadir, à Inezgane. Ils produisent aussi leurs propres CD, essentiellement en musique soussi. C’est une maison avec des salons, cuisine, un vrai lieu de vie familial. Nous y étions du midi, pour le premier repas, suivi des répétitions, du repas du soir et l’enregistrement avait lieu principalement la nuit. Les murs ont été le témoin de toutes ces rencontres inédites.
Voici le local des productions Ayouz Vision. Ils sont spécialisés dans la production de films de fiction en langue tachelhit et produisent aussi des CD et VCD de musique berbère.
(photos: Portait de Aziz Houssaih et Titi dans les locaux de Ayouz Vision)
Un nouvel article suit très rapidement, racontant plus particulièrement les rencontres musicales.














En voilà un soleil véritable. Ici, de l’autre côté de la méditerranée, autant dire que le monde se cache sous des laines épaisses. Un peu de chaleur Titi, c’est tellement agréable. Peut-être, un jour, pour réchauffer au plus profond, tu nous livrera ici même (sur ce blog) quelques fragments musicaux ?! Quelques idées de ses Rives ? Après tout…