LES RIVES TURQUES (11)

MES INVITES SUR LES RIVES DU BOSPHORE:

Janvier 2011

Au moment d’entamer ce troisième enregistrement, après ceux de Mumbai et Agadir, je vous présente aujourd’hui les invités de ce nouveau projet, sur les rives du Bosphore, à Istanbul. Hmm… En réalité, c’est moi l’invité! … tous ces artistes me font l’honneur de m’accepter à leurs côtés. Cette bonne vieille école buissonnière n’a pas de fin …

Voici Hasan Yarim Dunya, clarinettiste tzigane de Gelibolu, improvisateur d’une grande délicatesse, avec qui j’avais joué il y a longtemps, en compagnie d’Erik Marchand et Okay Temiz. Ca a été un bonheur de le retrouver il y a quelques mois pour parler de ce projet:

Titi & Hasan, fin des années 80 (au quartier tzigane de Gelibolu

Les retrouvailles en 2010 (chez A.K. Müzik à Istanbul)

vidéo: Hasan avec l’orchestre familial à Gelibolu

La virtuose du bağlama (saz) et chanteuse Özlem Özdil que j’ai rencontré à plusieurs reprises lors de mes précédents séjours à Istanbul, et dont j’avais beaucoup apprécié le dernier disque « Zamansız Yağmur » sera présente. La voici toute jeune à la télévision nationale dans son impressionnant style de « şelpe » (technique instrumentale ):

Nous avions commencé à jouer ensemble pour le plaisir chez Sinan Celik, l’année dernière, au son du bouzouq et du bağlama:

Titi & Özlem, 2010

Sinan Celik est le spécialiste du kaval, la flute populaire, et un maître des musiques turques auprès de qui la jeune génération aime à venir se ressourcer. Il a créé un lieu dédié à la musique, à Istanbul, où il est possible de jouer (la moindre occasion est prétexte à chanter et faire de la musique), de répéter, d’enregistrer (un studio professionnel est installé à l’étage), et de produire des disques (les productions Duygu Müzik).

Sinan Celik, Özlem Ozdil, Titi & Gülay Hacer Toruk

Gülay Hacer Toruk, ci-dessus à droite, est une jeune chanteuse turque vivant en France qui avait posée sa très belle voix dans mon disque « Un ciel de cuivre » en l’An 2000 et qui, au sein de « Tzane » et surtout de sa propre formation en trio, représente le chant turc en Europe de l’Ouest. Nous tenterons, dans ce nouveau projet, de construire un pont artistique entre nos deux pays, en mariant les poésies turques et françaises dans une même chanson. C’est également Hacer qui, patiemment, traduit en ce moment les poésies en turc.

Voici une vidéo de la chanteuse turkmène et kurde Özlem Taner que je vais rencontrer pour la première fois, après l’avoir entendue principalement sur disque. Kerim Selçuk,  le producteur de A.K. Müzik qui réalise ce disque turc a fait l’intermédiaire pour l’inviter de ma part.

Izzet Kızıl, percussionniste très réputé,  joue régulièrement sur la scène internationale. En discutant lors de notre rencontre, nous nous sommes découvert de nombreux amis communs comme par exemple un autre excellent percussionniste, Bijan Chemirani.

Aziz Hardal est un impressionnant  interprète du chant soufi de Turquie. Voici une vidéo où on peut entendre sa voix magique.

Je ne concevrais pas un disque ici sans les hautbois: duduk, mey ou zurna. C’est Cem Ekmen, ami d’Özlem et Sinan, qui sera le souffleur, en réponse (virtuelle) au shehnaï des frères Shankar à Mumbai.

A l’accordéon, instrument qui rappelle que les Balkans ont toujours respiré dans la sphère ottomane, c’est Muammer KETENCIOGLU qui interviendra.

Selçuk BALCI est un jeune joueur de Kemençe virtuose des bords de la Mer Noire. J’adore le style de cette région et cet instrument. Le voici ici (à gauche) avec son collègue Ali Yildirimhan, en duo complice.

Süleyman ERGUNER, frère de Kudsi et grand maître du ney classique ottoman, m’avait contacté pour que nous travaillons ensemble mais ça ne sera sans doute pas possible cette fois ci. Je ne sais pas encore qui le remplacera. Voici toutefois Suleyman Bey avec un ensemble de ses élèves, à la télévision nationale turque, qu’il a dirigé pendant de nombreuses années:

La maison de disque qui produit cet enregistrement et réalisera le CD est donc A.K. Müzik, dirigée par Kerim Selçuk et sa femme Ayşe. Ils importent déjà et distribuent mes disques français (produits par naïve) en Turquie. Je présenterai leur travail dans un prochain article.

vue sur le Bosphore

(photo: Vue sur le Bosphore depuis une fenêtre de A.K. Müzik, à Istanbul)

Je pars donc demain pour Istanbul, la dernière étape de ce triple périple. Je m’endormirai demain sous le ciel de la Turquie. Je respirerai demain l’air des Rives du Bosphore. Odeurs de cumin et de goudron, de citron et de fumée de charbon, de simit et d’ayran, l’hiver à Istanbul se sent autant qu’il se voit, et le vent qui fouette le visage du passant est rugueux. Demain, mes notes et mes rythmes nageront au milieu de vagues ottomanes, je vais m’y plonger. Les frères et soeurs turcs, demain, maquilleront ma guitare de couleurs vives ou sombres …

… Quand je me lèverai, demain, l’aube sera claire et parfumée. M’étirant lentement, je rallumerai le feu et le rêve d’une nuit profonde se rappellera à moi: Je rêvais que Yunus Emre, prenant Yachar Kemal par l’épaule, visitait Petite-Mère Sultane, dans son refuge montagneux. L’alezan de Memed le Mince broutait paisiblement sous un chêne centenaire et des aigles royal dessinaient dans le ciel le visage de Karacaoğlan, tandis que l’eau d’une fontaine toute proche fredonnait le nom de Köroglu…

« les quatres coins de sa joue sont roses rouges et rosées
si je l’embrasse, ils me tuent, si je ne l’embrasse pas, je meurs »
kerkük divani (traduit par Gülay Hacer Toruk)

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2 réponses à LES RIVES TURQUES (11)

  1. Arrif dit :

    « les quatres coins de sa joue sont roses rouges et rosées
    si je l’embrasse, ils me tuent, si je ne l’embrasse pas, je meurs »

    De ce rouge je m’enivrerai,
    Si j’en meurs j’aurais vécu, si j’y survis je m’y noirais
    De ce rosé, je rougeois, que de de joie !
    Si je chancelle, j’en serai un mejdoub ravi

    Faut-il inventer une musique aux mots
    pour nous aider à traverser le jour ?

  2. arrif dit :

    Oy Trabzon (SELCUK BALCI)
    Une musique qui creuse en nous les sillons de toutes les sonorités sensibles que nos pas ramassent en limon pour alléger la traversée de rive en rive. Sa Kemençe porte toutes les musiques de cette mère Méditerranée, entre blanc et noir, qui façonne notre air de famille. Elle vibre en turc, arménien, grec, arabe, andalous, aïta des chikhates… Chacun lui dessinera l’horizon d’une géographie sensible qui brouillera les frontières. Ici c’est l’air de famille qui forme le portrait sensible et émouvant de nos identités profondes qui ne réclament ni carte d’identité, ni passeport…
    Balci me parle au-delà de son terroir et par-dessus la glaise qui porte sa voix ! Merci Titi de me le faire découvrir.

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