« … La luciole se précipite dans le feu qui brûle, Si tu dois aimer, il te faudra autant de courage... » Qawwali / anonyme (Inde Pakistan)
Du Rajasthan indien jusqu’à l’Andalousie de l’Ouest méditerranéen, en passant par la fière Anatolie, souvent portée sur les ailes du chant, la poésie a toujours eu une place prépondérante, chez l’illettré comme chez le savant, chez le chauffeur de taxi comme chez l’intellectuel, chez l’ouvrier agricole comme chez le musicien itinérant. Cette parole noble m’a nourri et a inspiré ma manière de composer ou d’improviser. L’architecture qui sous-tend cette littérature est, paradoxalement, pour moi, un modèle musical, un idéal mélodique et rythmique. C’est une source inépuisable. Depuis les communautés gitanes du sud de l’Europe jusqu’à la Bhakti des Hindous en passant par les cercles soufis d’Asie Centrale, une même poésie à la fois fondamentalement populaire (par les langues et formes utilisées), ambitieuse (par la profondeur de l’inspiration) et révolutionnaire (par sa permanente remise en question des dogmes) rayonne et dévoile une grande cohérence dans sa multiplicité.
« Prends ce petit couteau / Ouvre moi la poitrine / Vois ton portrait / Comme il est bien fait. » Copla flamenca
Cultive l’amour dans ton coeur
extrait de « l’oiseau d’argile », film bengali de Tareque Masud
« J’étais moi-même le voile sur le visage du Bien-Aimé / Mais quand je vis, il n’y avait plus de voile en moi et Toi. / Nuit et jour, ô Dard ! je recherche Celui / Que personne en ce monde ne trouva ni ne vit. » Dard Kwaja Mîr (Inde Pakistan)
Un soir, je me rendis dans la boutique des souffleurs de verre / Et leur demandai : « Ô vous qui fabriquez des coupes, auriez-vous par hasard un verre / Qui ait la forme d’un cœur ? » / Ils se mirent à rire : « C’est en vain que tu cherches, / Ô Mīr, chaque coupe que tu vois, ronde ou ovale, chaque verre / A été un cœur que nous avons fait fondre dans le feu et soufflé / En une coupe. C’est là tout ce que tu vois ici : il n’y a pas de verre. » Mîr Taqi Mîr (Inde Pakistan)
» … Justajoo jis kee thee us ko to naa paayaa hum ne / is bahaane se magar dekh lee duniyaan hum ne… » (celui que je cherche sans l’avoir trouvé / grâce à lui, j’ai découvert le monde) Shahryar pour le film « Umrao Jaan » de Muzafar Ali)
« Ma plume écrivait sans peine et docilement, mais quand elle en en vint à l’Amour, elle se brisa. « RUMI (Iran Turquie)
« Dieu est où le met ton désir: tout entier dans le corps humain…
C’est toi que je veux, toi seul.«
Yunus Emre (Turquie)
« Eau de ma baie,
Ay! quel goût a la mer,
Eau de ma baie
Ay! car en elle se mêlent
Toutes les rivières d’Andalousie.
Ay! costume de Cordoba et de Sevilla
Ay! le sortilège des Maures
Ay! le goût de la manzanilla.
Petite eau de ma baie
Comme tu es salée
Car tu viens du sel et du piquant
De ses femmes, ma cousine,
De ses femmes
C’est le son de leurs jupons
Qu’on entend dans tes vagues. »
Copla flamenca de Rafael Lorente
« Où es tu,
ma fontaine?
Où coules tu aujourd’hui?
Dans quelle mer
te jettes tu
les yeux clos,
toi qui a grandi en moi? »
Suraj Nath
Rafael Lorente
