LIVRET INTEGRAL DU CD TURC « Gül Yaprakları » (20)

« Gül Yaprakları » (pétales de roses)

1. Seher Vakti (açış) / L’aube (ouverture) texte: Thierry Robin / traduction turque:  Gülay Hacer Toruk / musique: Özlem Özdil-Thierry Robin

bağlama: Özlem Özdil / bouzouq: Titi Robin / voix:  Hasan Yükselir

« L’aube s’étire lentement, comme une jeune fille après un profond sommeil. / Cette nuit, J’ai rêvé que Yunus Emre prenait Yachar Kemal par l’épaule, et que, tels deux frères, ils visitaient le monde. / J’ai rêvé que Köroglu frappait à la porte de la maison de mon père. / Je suis de retour, le voyage a été long. / Ces détours, ces sentiers sans lune, ces fausses pistes, ces contournements, tous ces égarements étaient justes. / Ils formaient le dessein de mon destin. / je m’assois sur la terrasse qui domine la Corne d’Or à l’ombre de ta vigne. / Ce café noir que tu m’offres, il a le goût de ma vie, / je l’ai bue sans sucre, son amertume. / Sur le seuil,  je dépose doucement ces pétales de roses. / Je les ai cueillies tout au long de ma route, en pensant à vous. / Qu’elles parfument votre maison. »

2. Memed ve Seyrane  / Memed et Seyrane musique: Thierry Robin

bouzouq: Titi Robin / bağlama: Özlem Özdil / kemençe: Selçuk Balcı / kaval: Sinan Çelik / balaban: Cem Ekmen / percussions: İzzet Kızıl

« l’automne va bien à notre étreinte, il y a le vent, les couleurs changeantes des feuilles, le soleil rasant, la pureté du ciel que l’averse a lavé, viens près de moi… »

Ce thème instrumental, en hommage à l’amour partagé d’un couple célèbre des romans de Yachar Kemal, est composé de deux thèmes « Lovari » et « Ombre » qu’on peut entendre dans les albums « Kali Gadji« , « Alezane » et « Un ciel de cuivre« . Je l’ai enregistré également à Mumbai sous le titre « Hindi Lovari« *. Les couleurs rythmiques et mélodiques qu’apportent les musiciens invités ici font vivre à cette ancienne composition une nouvelle jeunesse. İzzet Kızıl imprègne à chaque fois son phrasé d’une touchante noblesse et le kaval de Maître Sinan s’envole au-dessus des nuages.  *(n°3 des Rives indiennes)

3. Farımaz – Rumba Türkmen  / « Farımaz » – rumba turkmène texte: traditionnel / musique: Thierry Robin

chant: Özlem Taner / guitare: Titi Robin / accordéon: Muammer Ketencoğlu / clarinette: Hasan Yarımdünya / percussions: İzzet Kızıl

« Inlassable mon cœur fougueux est inlassable / Les larmes de mes yeux coulent toujours, intarissables / En ces contrées, mon règne ne vaut rien / Elle s’est enfuie et je n’ai pu admirer sa taille / Elle est si jeune, je n’ai pu connaitre son caractère / Au sommet de l’auguste montagne, c’est la saison des violettes  / Chez ces belles, il n’existe plus ni foi ni pitié / Oh mon père, de pitié / Elle s’est enfuie et je n’ai pu admirer sa taille / Elle est si jeune, je n’ai pu connaitre son caractère, ô aimée. »

Nous avons enregistré cette mélodie en forme de rumba gitane à la mode turkmène de manière très spontanée. Nous étions autour de la table de la cuisine chez Sinan Hoca et Fatma Abla nous régalait de ses petits plats (comme sa soupe de lentilles arrosée de jus de citron frais!). J’ai proposé une nouvelle mélodie originale à Özlem qui, en quelques secondes, a eu l’intuition de cette poésie traditionnelle. Muammer a tout de suite habillé l’arrangement de son accordéon si sensible et Hasan Yarimdünya a improvisé avec sa finesse coutumière. Cette fraîcheur donne tout le charme de ce morceau.

4. Can Nuru / Lumière de l’âme texte et musique: Thierry Robin  / traduction turque:  Gülay Hacer Toruk

chant: Aziz Hardal / bouzouq: Titi Robin / ney: Yasin Özçimi / percussions: İzzet Kızıl

« L’âme est légère, telle un souffle, elle traverse les corps, L’âme est lumière… / Je suis en chemin, seul, sous le ciel d’un crépuscule automnal, je t’en prie, prends ma main et guide moi. / Les pierres sur le sentier me parlent de toi, les brindilles que le vent balaie me parlent de toi,  le vent siffle ton nom, le rossignol se souvient de ton passage, et moi, je cherche tes traces en ce monde… / L’âme est légère, telle un souffle, elle traverse les corps, L’âme est lumière… / (taqsîm ney) / Quand l’orage a éclaté dans le ciel,  j’y ai vu un signe de ton amour.  Quand la pluie a inondé le jardin de mon coeur,  j’y ai vu un signe de ton amour. Quand le feu a brûlé mon âme si fragile, j’y ai vu un signe de ton amour. Quand le monde a oublié jusqu’à mon nom, j’y ai vu un signe de ton amour… / L’âme est légère,  telle un souffle, elle traverse les corps, L’âme est lumière. »

Mon bouzouq, marié dès sa naissance au chant gitan méditerranéen, ressent une parenté forte et ancienne avec le chant soufi de Turquie et d’Asie Centrale. Il lui semble familier, intime. La poésie mystique de l’Islam est une source profonde d’ inspiration et je suis très heureux d’avoir pu rencontrer Aziz Hardal pour interpréter ce poème original. La pureté de sa voix me comble. Et Yasin Özçimi était là pour témoigner de la richesse d’une célèbre dynastie familiale de joueurs de ney. On peut noter des similitudes entre ce morceau et le couple bouzouq et cante flamenco que nous présentons fréquemment sur scène.

5. Gelibolu’ya dönüş / Retour à Gelibolou musique: Thierry Robin / Hasan Yarımdünya

clarinette: Hasan Yarımdünya / guitare: Titi Robin / Taqsîm en duo

« …je me souviens de notre jeunesse / combien de fois nous avons traversé la mer / écartelé entre les deux rives / nos coeurs déchirés… »

La première fois que j’ai rencontré Hasan, c’était dans sa famille, au sein du quartier tzigane de Gelibolu, à l’initiative de Okay Temiz, pour une création, au début des années 90. Le jeune Taner soufflait déjà dans sa clarinette. Le son de Hasan « Abi » a un parfum particulier, rempli de tendresse, et le musicien a une longue expérience des projets innovants. A une époque, nous nous sommes souvent réunis sur les scènes internationales (autour du chanteur Erik Marchand) et ça a été un plaisir pour moi de le retrouver, à Istanbul, après toutes ces années.

6. At, yilan ve bülbül (Bahar) / Le cheval, le serpent et le rossignol (Printemps) musique Thierry Robin

‘oud: Titi Robin / kemençe: Selçuk Balcı / kaval: Sinan Çelik / percussions: İzzet Kızıl

« Il y a deux jours dont je ne me suis jamais langui: Celui qui n’est pas encore, celui qui est passé. » Omar Khayyâm

C’est le printemps, le ‘oud est un jeune cheval fougueux, plein de vie, qui s’ébroue et piaffe, les percussions sont ses sabots qui martèlent le sol. Survient, glissant entre les herbes, le serpent qu’illustre le Kemençe. Puis, le rossignol chante par la voix du kaval. C’est le printemps, il n’y a pas de tension entre l’âme et le corps, entre le désir et la loi du ciel, juste une harmonie, fragile, règne, en suspens.

7. O gül yüzün / Ton visage de rose texte et musique: Thierry Robin / traduction turque:  Gülay Hacer Toruk

chant: Özlem Özdil / bouzouq: Titi Robin / bağlama: Özlem Özdil / kemençe: Selçuk Balcı / kaval: Sinan Çelik / balaban: Cem Ekmen / percussions: İzzet Kızıl

« Rivière de miel, petite noisette parfumée, / enfant,  bien avant de te connaître, j’avais déjà rêvé de toi, et quand je t’ai rencontré, la toute première fois, j’ai aussitôt reconnu, ton doux visage… /  Soleil de printemps, amande amère, / tu te souviens, nous avions cet espoir d’un monde meilleur, tu te souviens, nous voulions partager notre amour avec le monde entier.  Je me souviens,  il avait neigé en avril cette année là, sur ton doux visage… / Feuille de menthe, citron vert, / comme lors d’une nuit sans lune, je perçois la lumière du ciel, dans tes moments de colère, je devine encore ton doux visage… / Rivière d’encre, / je suis parti loin de toi, ai traversé tant de pays, appris à parler une nouvelle langue, mais marchant dans ces rues inconnues, dans mes moments de solitude, je crois voir briller dans les flaques sur le sol, après la pluie, ton doux visage… / Feuille de menthe, citron vert, / j’aurais aimé voir tes cheveux blanchir comme la neige, voir les rides illuminer ton regard, voir ton sourire encore plus profond, avec l’âge et la sagesse, éclairer ton doux visage… /  Amande amère, soleil d’automne, / Le destin m’ a oublié dans sa course, le monde est toujours injuste avec les faibles, nous n’avons pas vieilli ensemble, mais les nuits de pleine lune, comme un signal depuis là-haut,  je crois voir s’épanouir dans le ciel ton doux visage. »

« Ton doux visage » est à l’origine un thème instrumental que j’avais composé pour le disque « Ces vagues que l’amour soulève« , en 2005. Nous l’avons enregistré également en « live » pour l’album « Anita! » et ce morceau est devenu un des préférés du public. Lorsqu’ Özlem Özdil est venue nous écouter au club Babylon à Istanbul, l’hiver 2009, elle a aimé cette mélodie et m’a proposé de chanter ce thème pour notre future collaboration. La nuit même, de retour à l’hôtel, j’essayai de poser sur le papier le sentiment que j’éprouvais en jouant ce morceau. J’écrivai alors, d’un seul jet, ce qui deviendra, traduit par Gülay Hacer Toruk, « O gül Yüzün« . En Inde, où je l’ai également enregistré depuis, nous le traduirons par « Tumhara Chand Sa Chehra » ce qui signifie en hindi: « ton visage de lune »*. Le passage de ce morceau d’instrumental à chanson symbolise bien la richesse de ces rencontres, comme celle avec Özlem, sa belle voix et son subtil jeu de bağlama, dont elle est une virtuose.

* ( « Tumhara Chand Sa Chehra » n°5 des Rives indiennes)

8. Florika’nın İstanbul Rüyası / Florica rêve d’Istanbul musique: Thierry Robin

guitare: Titi Robin / clarinette: Hasan Yarımdünya / kemençe: Selçuk Balcı / kaval: Sinan Çelik / percussions: İzzet Kızıl

« …Je monte lentement la ruelle de Galip Dede, / croquant la chair d’une grenade / dont le goût subtil me rappelle avec malice mes amours passées  / et me remplit de désir pour le jour à venir, / dont j’ignore pour l’instant la couleur… »

J’avais composé ce thème il y a quelques années pour mon ami l’accordéoniste Rrom de Roumanie Sandu Florea. En voici aujourd’hui la version stanbuliote. (version originale dans le disque « ces vagues que l’amour soulève« , sous le titre « Florica »). J’aime beaucoup le style d’archet de Selçuk Balcı, originaire de la Mer Noire. Sa passion de la musique et son énergie sont très communicatifs.

9. Lorin / (prénom kurde) musique: Thierry Robin – Cem Ekmen

guitare: Titi Robin / balaban: Cem Ekmen

« … La soif de la nuit appelle la rosée de l’aube… »

Comme beaucoup de gens, je suis sensible au son des hautbois de l’Est de la Turquie, du Kurdistan, d’Arménie. Cem Ekmen joue avec élégance et j’étais heureux de réunir la voix de ma guitare et celle de son balaban (également appelé duduk).

10. Lâl / Rouge texte: Gülay Hacer Toruk musique: Thierry Robin – Gülay Hacer Toruk

chant: Gülay Hacer Toruk / bouzouq: Titi Robin / kemençe: Selçuk Balcı / kaval: Sinan Çelik / percussions: İzzet Kızıl

« Lâl lâl / Lâl est ta couleur, Lâl est ton pays, Lâl est ta passion, / lâl est ta passion, Lâl est ton destin, ton chemin / Lâl e lâl e lâl e, lâl / Lâl est ta couleur, qui te parle et te ressembleLâl est ton pays, qui te fuit et qui t’assemble. / Au creux de mon âme,  je t’attends et je supplie. / Chemise de flamme, tu as attisé ma vie… / Brûle et suis ta route, va vers d’autres rives, le long de tes doutes, va ton chemin… / partie turque traduite:  et je suis douce et je suis amère / moi aussi de cet arbre suis la branche / chemise de flamme, de mon âme le feu brûle et puis ira, son chemin… / chemise de flamme, de mon âme, le feu brûle et puis ira, son chemin…  / sans voix, je suis devenue sans voix, délabrée je suis, sous ta coupe, / montagnes, de chemins en chemins, de chemins en chemins / ô montagnes, suis arrivée au milieu de ma route. »

Il y a de nombreuses années, alors que je tournais en France avec mon groupe « Gitans », une jeune fille était venue nous rencontrer et avait ému tout le monde par la pureté de sa voix. Elle était originaire d’une famille turque de France et commençait à chanter sur scène. En 2000, je l’invitai en studio pour deux chansons, dans l’album « Un ciel de cuivre » et la simplicité de son chant était exemplaire; là où on cherche trop souvent à séduire, à épater, elle chantait comme l’oiseau sur la branche, vers le ciel. Depuis, elle a fait beaucoup de chemin, est chanteuse professionnelle et il était important pour moi de l’inviter pour ce disque, où elle fait le pont entre la France et la Turquie, grâce à ses deux cultures. Elle interprète ici un chant en mêlant dans son poème ses deux langues française et turque. Nous sommes nombreux à avoir un héritage multiple et nous cherchons chaque jour cette harmonie fragile entre nos deux coeurs.

11. Kalktık Horasan’dan sökün eyledik / C’est du Khorassan que nous sommes venus

texte: tradtionnel, Yachar Kemal / traduction: Munnever Andac / musique: Özlem Özdil / Thierry Robin

bağlama: Özlem Özdil / bouzouq: Titi Robin / voix: Hasan Yükselir

« C’est du Khorassan que nous sommes venus… Nous avons coulé sur ce sol, pareils à une eau limpide. Nous arrivâmes en Anatolie et les montagnes de Kayséri surgirent devant nous. Hautes, pures, altières, belles, baignées de clarté. Nos chevaux au long cou, aux yeux de rubis… Dans la plaine de Kharan et en Mésopotamie, nos cent mille tentes de crin noir se posaient, pareilles aux aigles majestueux. Nous avons tournoyé dans nos danses, par milliers, mêlés à des milliers de gazelles, trois jours et trois nuits, quarante jours et quarante nuits durant… »

Yachar Kemal est un des grands romanciers du siècle, il m’ accompagné depuis longtemps, grâce aux magnifiques traductions en français de Münever Andac et Güzine Dino. Il est à la fois très turc, par sa connaissance profonde de la culture de son pays, et universel par son propos. J’ai le plus grand respect pour lui, et le rencontrer à Istanbul lors de l’enregistrement a été un moment de joie. Hasan Yükselir a accepté de prêter sa voix profonde à ce texte d’inspiration traditionnelle. Il raconte l’arrivée des tribus turkmènes en Anatolie depuis le Khorassan, berceau historique de beaucoup de courants philosophiques et artistiques qui ont marqué ces Rives.

12. Akdeniz Roman / Gitan méditerranéen musique: Thierry Robin

bouzouq: Titi Robin / clarinette: Hasan Yarımdünya / kemençe: Selçuk Balcı / percussions: İzzet Kızıl

« Je bois pour être juste. / Alors, mon ivresse est sagesse. »

Je suis un musicien de culture gitane méditerranéenne, et ce morceau, appelé à l’origine « Mehdi », est un des plus populaires de mon répertoire (voir les CDs « Gitans« , « Payo Michto« ). Il me plaisait de l’entendre sonner avec la couleur Rrom de mes cousins vivant sur les rives turques.

13. Farımaz – Uzun Hava texte et musique: traditionnel

chant: Özlem Taner

Voici le chant traditionnel turkmène que Özlem Taner avait marié à ma rumba gitane. Elle le chante ici dans sa version originale, dépouillée.

bonus track:

14. O gül yüzün  (version instrumentale) musique: Thierry Robin

bouzouq: Titi Robin / bağlama: Özlem Özdil / kemençe: Selçuk Balcı / kaval: Sinan Çelik / balaban: Cem Ekmen / percussions: İzzet Kızıl

Version instrumentale de la chanson interprétée par Özlem özdil.

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Direction artistique: Titi Robin / Production turque: Kerim Selçuk pour A.K. Müzik / Assistant de production: Ali Doyran / Enregistré et mixé en janvier 2011 aux studio Duygu Müzik à Istanbul, par Murad Mutluöz / Masterisé aux studios Babajim à Istanbul par Pieter Snapper

Remerciements:

Merci à Gülay Haçer Toruk et Ali Doyran pour leur aide précieuse tout au long de ce projet dont ils ont connu les balbutiements, Kerim et Ayse Selçuk et toute l’équipe de A.K.Müzik, Murat Mutluöz, Pieter Snapper, Yasemin Taşkın et toute sa famille autour d’elle, Mehmet Uzun « Shah Sultan », Sinan Hoca pour son hospitalité, Fatma Abla pour sa cuisine délicieuse, Mehmet Uzun « Shah Sultan », les sultanes d’Angers, Naz, Arzu, Saime, ainsi que Ufuk et Gülcan, Yachar Kemal et son épouse.

Je dédie ce disque à Yachar Abi.

« Si sa discographie personnelle est un océan de richesse, ce nouveau triptyque restera sans doute une aventure singulière. »  David Commeillas / VIBRATIONS

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LIVRET INTEGRAL DU CD MAROCAIN لقاءات « Likaat » (19)

Likaat   لقاءات – Rencontres

1 LAAWDA ILA LWATAN / LE RETOUR AU PAYS

(texte: Thierry Robin, traduction en darija: Keltouma Bakrimi / musique: Thierry Robin, traditionnel)

choeurs: Ahwach de Tafraout / guitare, bouzq: Titi Robin / voix: Lahocine Bardawz

« … L’aube est douce, la lumière du ciel me réconforte. / Je vous apporte des bouquets de mélodies, / que j’ai cueilli tout au long de ma route,  / sur les rives de mon destin, / elles ont le goût de ma vie, / parfois sucrées, / parfois salées, / parfois amères. / Mon ciel a souvent changé de couleur. / Voici des poèmes en forme d’ étoiles / que j’ai pêchés en traversant la grande mer, / car je suis venu de l’autre rive, / car je suis venu du nord. / Le soleil de midi découpe des ombres sur nos visages / comme la lame affutée d’un couteau. / Ces chansons, ce sont mes cadeaux pour vous, / mes frères, mes cousins, / Il n’y a pas plus grand plaisir sur cette terre que le partage. / Le crépuscule caresse l’horizon d’un voile attendri. / Que le souvenir de nos fêtes ensemble soit le miel de nos mémoires… »

2 ASBRRK / BIENVENUE (texte: El Houssine Taousse, musique: Thierry Robin, El Houssine Taousse)

chant, ribab: El Houssine Taousse / guitare: Titi Robin / ribab: Foulane Bouhssine / sintir: El Mehdi Nassouli / percussions: Khalid El Berkaoui, Houssine Fadil / choeurs: El Mehdi Nassouli, Foulane Bouhssine, ……

El Houssine Taousse est aujourd’hui, avec Said Outajajt, un des rwais les plus recherchés dans la communauté soussi du Maroc. Il est à la fois virtuose du ribab, du lotar et un poète berbère amazigh, comme le veut la tradition.

3 RIH  LJANOUB / VENT DU SUD (musique: Titi Robin, Omar Edaousse)

flûte: Omar Edaousse / bouzq: Titi Robin / ribab: Foulane Bouhssine / sintir: El Mehdi Nassouli / percussions: Khalid El Berkaoui

« Vent du sud, / tu souffles l’esprit des anciens. / Tu m’envahis, / vent du sud. / Dieu t’envoie / pour me garder éveillé. / Vent du sud, / ta parole est sage; / Souffle jusqu’au nord, / de l’autre côté de la mer bleue. / Réveille les, / dis leur que la famille est sacrée, / que le respect est une richesse. / Vent du sud, / embrasse les gens du nord. / Vent du sud, / enlace moi, / vent du sud. »

Un beau jour, à Inezgane où nous enregistrions, Omar Edaousse nous a fait le cadeau d’une visite surprise, lui qui est un voyageur insouciant et imprévisible, insaisissable, sans réel domicile régulier, ne se souciant que du feu qu’il fait jaillir de son souffle et j’ai été heureux de lui proposer ce morceau afin qu’il puisse nous faire profiter du plus beau son de flûte traditionnelle du Souss Madra.

4  SMAKL GUITI / REGARDE MOI (texte: Thierry Robin, (traduction en tamazight: Keltouma Bakrimi), traditionnel / musique: Thierry Robin, traditionnel)

chant: Cherifa Kersit / rhubab: Titi Robin / kamanja: Foulane Bouhssine / sintir: El Mehdi Nassouli / bendirs et choeurs: Mohammed Oulghazi, Mohammed Ouaaboud

« Regarde moi / Regarde moi / Feuille de menthe / signe du ciel / amande amère / Regarde moi. / Regarde moi / Regarde moi / Etoile filante / Où te sauves tu? / Signe du ciel, / amande amère / regarde moi. »

Cherifa Kersit est une grande ambassadrice de la musique berbère du Moyen-Atlas. Il suffit de l’entendre chanter quelques instants pour comprendre qu’elle exprime une parole ancienne et profondément ancrée dans sa communauté. C’était émouvant pour moi qui ai de nombreux amis d’enfance originaire de cette région montagneuse du Maroc, de partager ce moment avec elle et ses musiciens.

5 TAZIRI / PLEINE LUNE (prénom berbère)   (musique: Thierry Robin)

ribab: Lahcen Belmouden / guitare, guitare voilée: Titi Robin / sintir: El Mehdi Nassouli

Le trio magique, entre le ribab du maître soussi Belmouden, le guembri « sintir » du jeune gnawa Mehdi Nassouli et la guitare d’un voyageur venu des rives nord de la Méditerranée.

6 SAHARA / LE DESERT (texte: Thierry Robin, traduction en darija: Keltouma Bakrimi, traditionnel / musique: Thierry Robin)

chant, sintir, qaraqeb: El Mehdi Nassouli / guitare: Titi Robin / ribab: Foulane Bouhssine / percussions: Khalid El Berkaoui / choeurs: El Mehdi Nassouli, Foulane Bouhssine

« Chaque matin, je me prosterne devant l’indicible, / Chaque nuit, je danse avec la beauté du monde. / Le soleil embrasse amoureusement le désert, / Un fin serpent dessine sur le sable, / avec tendresse, ton nom de rose. / Je suis un esclave de la passion. / Vois toutes ces vagues que l’amour soulève / pour me mettre à genoux. / La princesse noire s’éveille à Tan Tan / et s’endort à Dar Beida. / De l’aube de ma vie au crépuscule, / je prie pour n’avoir aucun regret. »

Mehdi Nassouli est un jeune gnawa d’Agadir, d’une famille originaire de Taroudant. Il a une connaissance intime des cultures marocaines traditionnelles. il m’a été d’une aide précieuse tout au long de l’enregistrement. Sa voix témoigne ici avec chaleur de sa générosité naturelle.

7 LHAMD LAKHDAR / CITRON VERT (musique: Thierry Robin)

guitare: Titi Robin / ribab: Foulane Bouhssine / sintir: El Mehdi Nassouli / percussions: Khalid El Berkaoui

Ce thème a été repris de la composition « Farq Hai Kya », sur l’album indien du triptyque*. J’ai modifié le rythme, qui est passé du cinq temps au six temps, il est devenu plus rapide et instrumental. L’atmosphère change aussi beaucoup, nous sommes ici sous le ciel marocain, et le parfum acide et frais du citron vert nous aiguillonne.      * (n° 4 des Rives indiennes)

8 TLM CHML / LES RETROUVAILLES (texte: Thierry Robin, (traduction en darija: Keltouma Bakrimi), traditionnel / musique: Thierry Robin)

chant, ribab: Foulane Bouhssine / guitare: Titi Robin / sintir: El Mehdi Nassouli / percussions: Khalid El Berkaoui / choeurs: El Mehdi Nassouli, Foulane Bouhssine

« …il est si facile de se souvenir / mais impossible d’oublier… »

Foulane est une des figures les plus célèbres de la jeune scène marocaine, depuis les groupes Amargh Fusion, puis Ribab Fusion et Mazagan. Khalid El Berkaoui est également de ces nombreuses aventures. Ils ont en commun d’avoir depuis le berceau, au sein du quartier populaire Batoir d’Agadir, respiré la culture amazigh locale, et bien sûr joué les autres styles du pays comme le chaâbi, en les mêlant parfois à des sons plus électriques. Ils sont souvent en tournée à l’étranger lors de collaborations avec des musiciens d’autres cultures, comme avec le Réunionnais Sami Waro, le fils de mon cher ami Danyel.

9 AMKSSA / LE BERGER (musique: Lahcen Belmouden, Thierry Robin)

flûtes: Lahcen Belmouden / bouzq: Titi Robin / sintir: El Mehdi Nassouli / percussions: Khalid El Berkaoui

Lahcen Belmouden est un maître incontesté du ribab soussi, chaque chanteur se l’arrache et il est présent dans de très nombreux enregistrements, sur de nombreuses scènes, mais il m’avait un jour expliqué que son premier instrument avait été la petite flûte quand il était enfant et que, comme d’ailleurs la chanteuse Cherifa, il gardait les animaux dans la montagne. Son phrasé vient de là. Voici donc un hommage aux bergers du Maroc, et à cette université artistique en pleine nature.

10 TITRIT ORSNGH / UNE ETOILE INCONNUE (texte: Thierry Robin, (traduction en tamazight: Keltouma Bakrimi) / musique: Thierry  Robin)

‘oud: Titi Robin / voix: Abdellatif Atif / ribab: Foulane Bouhssine / sintir: El Mehdi Nassouli / percussions: Khalid El Berkaoui

« Tu as chanté, ce matin, le nom d’une étoile que je ne connaissais pas. / Il y a derrière ton coeur un endroit paisible où tu te réfugies quand le monde est sans foi, sans pitié. /  Il y a derrière ton coeur, à l’ombre de tes rêves et de ton Dieu, une source où tu te désaltères. / Il y a derrière ton coeur un monde enfoui qui n’a jamais cessé d’espérer. / Il y a derrière ton coeur l’image d’un amour en devenir. / Il y a derrière ton coeur le reflet de mon désir de toi. / Il y a derrière mon coeur ton image accrochée à un nuage de mon ciel. / Ce matin, tu as chanté pour moi le nom d’une étoile que je ne connais pas. »

11 LATGHIB / NE T’ABSENTE PAS (texte: traditionnel / musique: traditionnel, Thierry Robin)

voix, percussions: Roudanyates / guitare, ‘oud: Titi Robin / sintir: El Mehdi Nassouli / percussions: Khalid El Berkaoui

Cet ensemble de femmes de Taroudant chante pour les fêtes et cérémonies profanes ou sacrées de la vie quotidienne. Nous sommes parti d’une chanson de leur répertoire, que nous avons adapté ensemble en studio. Il y a une énergie et une ouverture d’esprit très inspirante chez elles, elles ont mis le feu de la fête au studio en un instant. Je les remercie vivement de leur confiance.

12 AZIZA WA YANIS / AZIZA ET YANIS (musique: Thierry Robin)

bouzq: Titi Robin / sintir: El Mehdi Nassouli

Dialogue instrumental entre une mère et son fils, personnifiés par le bouzouq et le sintir gnaoui.

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direction artistique: Titi Robin / enregistré en décembre 2010 aux studios Chtouka à Inezgan par Hicham Sousson et Mohammed Elaourf) / mixé et masterisé au studio ADL d’Agadir par Adil Aissa. / production marocaine: Abdelaziz Oussaih pour Ayouz Vision / assistant de production: Slimane Attoug

Un grand merci à Brahim El Mazned et Keltouma Bakrimi, qui ont été les premiers compagnons du projet, Abdelaziz Oussaih, Slimane Attoug et toute l’équipe de Ayouz Vision, dont Ismaïl Azougay, M’Hand Oubry et Hassan Bennani, sans oublier Brahim Aït Ounjjar, notre cuisinier roi du tajine de poissons, et M’Hand Boufouss à la théière magique, Lahcen Azeroual, Abdelkrim Sami « Diabolo » et Abdellah Achbani  « Friqs Bobo »  avec qui nous avions fondé le terrible trio à l’origine de Johnny Michto, jouant notre « Moroco Michto Blues »,  ainsi que leurs familles respectives, Mohammed Arab et les siens, le Faon de la Loire, Fadil et le St Michel, Akka Abassi, Jean Vilar et la Roseraie, Trélaz’boum, Belle Beille, Monplaisir et son marché du dimanche, les Marocains d’Angers et de la région de Beni Melal, le 504 et le Paloma, Nao, Aziza Wahdane, Fouzia Saoudi ainsi que Salma et Othmane, Neila Tazi et Essaouira, Maâlem Abdenbi el Gadari et sa famille de la medina de Casablanca et tous les khouyous, et tous les amis qui ont pu à un moment où un autre, parfois à leur insu, enrichir ce projet.

« Sa musique dépouillée, laissant une grande part à l’improvisation, atteint un niveau d’intensité émotionnelle incroyable! « Les rives » est un voyage musical extraordinaire, l’œuvre superbe d’un artiste hors norme ; idéaliste, engagé et sincère. » FIP / la sélection décembre 2011

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LIVRET INTEGRAL du CD indien « LAAL ASMAAN » (18)

« LAAL AASMAN » / CIEL ROUGE

1 MEHKTI GULAAB SI ZINDAGI MEIN (prastavna) / LES ROSES PARFUMEES DE LA VIE (prélude) (texte et musique: Thierry Robin,  traduction indienne: Jatinder Singh, Aneesh Bhola)

guitare: Titi Robin / voix: Murad Ali Khan / tampura: Vilas Pednekar et les échos de la voix d’ Aparna Panshikar, du shehnai d’Ashwani Shankarand et du sarangi de Murad Ali Khan

« Qui me dira pourquoi mes égarements sont justes?… / Les roses parfumées de la vie ont des épines fines comme des cils… / Vois ces mélodies et rythmes que j’ai composé dans mon exil, / en me languissant de toi. / A l’aube d’une nouvelle vie,  / je te les offre avec tout mon coeur de voyageur de retour au pays. »

2 MUSAFIR KI KISMAT / LE DESTIN DU VOYAGEUR (texte et musique: Thierry Robin,  traduction indienne: Jatinder Singh, Aneesh Bhola)

chant: Imran Khan / bouzouq: Titi Robin / sarangi: Murad Ali Khan / harmonium: Vinay Mishra / flûte bansuri: Paras Nath / tablâ: Vinayak Netke

« Le monde écrit le destin du voyageur avec une encre amère./ Ma vie s’épuise goutte à goutte / loin du foyer / Je suis un exilé qui a faim d’amour. / A chaque poignet, sept bracelets d’or fin chantent quand tu danses. / A ton cou ambré, le mangalsutra est une rivière dorée, des milliers de poissons y nagent./ Nos enfants sont les étoiles de ton ciel, / leurs chants ont le frais parfum de l’amour. / Le monde écrit le destin du voyageur avec une encre amère. »

Le chanteur Imran Khan, comme le joueur de sarangi Murad Ali, sont issus par leurs familles respectives de la pure tradition hindoustani. Le père de Murad Ali est l’ Ustad Ghulam Sabir Khan et son grand-père Ustad Siddique Ahmad Khan. Il peut remonter son arbre généalogique sur des générations, avec une lignée de maître appartenant tous à la Moradabad Gharana (école stylistique de Muradabad). Paras Nath, lui, est également issu d’une célèbre famille de musiciens classiques depuis des générations: fils du Pandit Amar Nath, petit fils de Pandit Shiv Nath Prasad, neveu de Shri Dinesh Kumar et petit frère de Pankaj Nath, avec qui il joue en duo. Il est à la fois baigné dans la plus pure tradition et et multiplie les expériences avec des musiciens d’autres styles.

3 HINDI LOVARI / LOVARI INDIEN (musique: Thierry Robin)

bouzouq: Titi Robin / sarangi: Murad Ali Khan / flûte bansuri: Paras Nath / harmonium: Vinay Mishra / tablâ: Vinayak Netke / percussions: Dino Banjara

Reprise de deux thèmes, « Lovari » et « Ombre »,  qu’on peut entendre dans les albums « Kali Gadji », « Alezane » et « Un ciel de cuivre ». Je l’ai enregistré également à Istanbul pour ce triptyque sous le titre « Memed Ve Seyrane »*. Ici, ce sont les échanges improvisés virtuoses de Paras Nath et Murad Ali, à la flûte de bambou « bansuri » et au sarangi, qui donnent ce parfum particulier au morceau, ainsi que l’assise rythmique de Vinayak Netke et Dino Banjara. Vinayak représente la tradition hindoustani du tablâ tandis que Dino, fils de la danseuse kalbeliya Gulabi Sapera, fait le pont entre sa culture gitane rajasthani et notre style méditerranéen familial. *( n° 2 des Rives turques)

4 FARQ HAI KYA / QUELLE DIFFERENCE (texte et musique: Thierry Robin,  traduction indienne: Jatinder Singh, Aneesh Bhola)

chant: Mahalaxmi Iyer / guitare: Titi Robin / bansuri: Paras Nath / santoor: Sandip Chaterjee / tablâ: Vinayak Netke / tampura: Vilas Pednekar

« …Quelle différence entre la couleur de tes yeux / et la couleur du monde? / Tes yeux sont les fenêtres à travers lesquelles / j’entrevois la lumière du jour… / Quelle différence entre le parfum de tes boucles / et le parfum du monde? / Ta chevelure est le labyrinthe à travers lequel / je traverse les routes du monde… »

Mahalaxmi Iyer est actuellement la plus prisée des jeunes « play-back singers » féminines de Mumbai: Elle est la doublure vocale chantée de stars de l’écran pour l’industrie du film indien. Sa voix est donc très populaire et familière, on l’entend souvent sur les ondes. Originaire d’une famille du Sud de l’Inde, elle a pratiqué au sein de sa famille le chant classique carnatique (du Sud) comme hindousthani (du Nord). J’ai composé cette mélodie spécialement pour sa voix, dans une gamme pentatonique en cinq temps.

5 TUMHARA CHAND SA CHEHRA / TON VISAGE DE LUNE (texte et musique: Thierry Robin,  traduction indienne: Jatinder Singh, Aneesh Bhola)

guitare: Titi Robin / voix: Murad Ali Khan / sarangi: Murad Ali Khan / flûte bansuri: Paras Nath / santoor: Sandip Chaterjee / shehnai: Sanjeev and Ashwani Shankar / harmonium: Vinay Mishra / tablâ: Vinayak Netke

(voir les notes dans le livret des Rives turques: thème n° 7  « O gül Yûzün ». ) Ici, chaque musicien improvise conjointement avec la guitare dans la partie centrale du morceau, dont Vinay Mishra à l’harmonium. Vinay, musicien humble et discret, est l’accompagnateur favori de très grandes voix classiques indiennes comme Pandit Ulhas Kashalkar ou Ashwini Bhide Deshpande. Il y autant à apprendre à le côtoyer qu’à l’entendre jouer.

6 MALIKA -E- SEHRA / REINE DU DESERT (musique: Thierry Robin)

bouzouq: Titi Robin / shehnai: Sanjeev and Ashwani Shankar / santoor: Sandip Chaterjee / tablâ: Vinayak Netke / tampura: Vilas Pednekar

« Un buisson, / l’ombre de quelques morceaux de toile usée, / trois piquets écorchés, / voilà tout ce qui protège notre amour. / Chez nous, le sable s’invite sans cesse, / à cheval sur le vent du désert. / Mais notre petite, la princesse au-delà du bonheur, / regarde le ciel avec malice en chantonnant / et le sage, soudain, parle par sa bouche: / « Je sais que je suis venue de là-haut, et dois y retourner; / je suis le rossignol du paradis, / en cage pour quelques jours. » / Celui qui ignore sa misère, comme l’a dit Mazuna, / ne saura trouver de trésor. »

Les frères Sanjeev et Ashwani Shankar sont eux aussi héritiers d’une célèbre et longue tradition de musiciens de l’école de Bénarès (Banaras Gharana) et ils ont, comme Murad ou Paras, commencé à jouer très jeunes, vers quatre ans. Ils racontent qu’ils se levaient avant l’aube et ne pouvaient aller jouer avec les autres enfants qu’après avoir écouté leur père Pandit Daya Shankar et leur grand-père jouer les ragas du matin. Quand ils commencent à souffler dans leur shehnai s’invite alors toute la richesse de l’Inde.

7 DABAA HUA DARD / UNE PART DE REGRET (texte et musique: Thierry Robin,  traduction indienne: Jatinder Singh, Aneesh Bhola)

chant: Aparna Panshikar / ’oud: Titi Robin / sarangi: Murad Ali Khan / harmonium: Vinay Mishra / tablâ: Vinayak Netke

« Il y a souvent une part de regret / en germe dans l’amorce du désir qui éclôt, / comme l’ombre annonce parfois la venue du soleil… »

La chanteuse Aparna Panshikar est, avec sa mère Meera Panshikar, une disciple de la grande Kishori Amonkar, une des plus grandes voix de l’Inde. Elle aborde le pur style classique aussi bien que semi-classique comme par exemple le ghazal, dont se rapproche quelque peu le morceau que nous avons enregistré ici. J’ai proposé une mélodie au ‘oud, que j’ai également reprise avec le même instrument dans les deux autres disques du triptyque, parfois en en modifiant le rythme*. On assiste ici au mariage de la belle voix indienne d’Aparna et de mon style personnel de luth méditerranéen.   *(« At, yilan ve bülbül » – n°6 des Rives turques, et « Titrit Orsngh » -n°10 des Rives marocaines)

8 US DOST KI TAALASH MEIN / POUR RENCONTRER L’AMI (texte et musique: Thierry Robin,  traduction indienne: Jatinder Singh, Aneesh Bhola)

chant: Imran Khan / bouzouq: Titi Robin / sarangi: Murad Ali Khan / harmonium: Vinay Mishra / shehnai: Sanjeev and Ashwani Shankar / tablâ: Vinayak Netke / percussions: Dino Banjara

« Pour rencontrer l’Ami, / j’ai traversé trois ciels. / Pour rencontrer l’Ami, / J’ai bu au sept sources. / Sept fois , j’ai eu soif, / Sept fois, j’ai bu. / Pour rencontrer l’Ami, / je suis devenu poussière. / Pour rencontrer l’Ami, / j’ai embrassé le chemin de l’Aimé, / j’ai embrassé les pierres, / j’ai embrassé la terre sous Ses pas. / Pour rencontrer l’Ami, / J’ai plongé dans la grande mer. / J’ai nagé jusqu’à l’horizon, / là où le soleil meurt chaque nuit. / Lorsque la lumière s’est éteinte, / je suis né à nouveau, / Ton regard et le mien ont fondu l’un dans l’autre, / Cette fusion était le pur fruit de Ton Amour. / Pour rencontrer l’Amour, / j’ai embrassé ce monde. / Pour rencontrer l’Amour, / j’ai quitté ce monde. »

Thème sufiana original, évoquant la fusion entre l’amour sacré et profane, dans la culture mystique. Il y a un lien, même s’ il ne s’agit pas ici de chant qawwali, avec la démarche de notre création « Jaadu » avec Faiz Ali Faiz, le qawwal de Lahore. Il y a également une parenté avec la poésie soufi du thème « Can nuru » (n°4) dans l’album turc du triptyque.

9  SANDHYA / SANDHYA (musique: Thierry Robin)

‘oud, guitare: Titi Robin / tampura: Vilas Pednekar

« J’ai fait une trouvaille: / Je m’enfonce dans l’eau / jusqu’à la taille / et je crie au vent / ton nom de paille, / qui prend feu… »

Improvisation au ‘oud et à la guitare avec l’ évocation discrète et passagère d’une chanson fameuse d’un film de Raj Kapoor, le grand metteur en scène et comédien indien.

10 KABOOTAR / COLOMBE (musique: Thierry Robin)

guitare: Titi Robin / shehnai: Sanjeev and Ashwani Shankar / sarangi: Murad Ali Khan / harmonium: Vinay Mishra / tablâ: Vinayak Netke / percussions: Dino Banjara

Reprise totalement renouvelée d’un thème, « l’aile de la colombe », enregistré pour la première fois dans le disque « le regard nu » en 1995, puis dans « Guitarra mia » pour « Kali Gadji » et citée souvent depuis en début de concert dans la « suite pour ‘oud », puis d’une rumba datant de la fin des années 70, « Le vannier » enregistrée initialement sur l’album « Luth et tablâ » en 1983, avec Hameed Khan au tablâ. C’est l’occasion, sur ce même instrument, d’un beau solo de Vinayak Netke et d’improvisations rythmiques des frères Shankar au shehnai.

11 MADHUBALA (musique: Thierry Robin)

rhubab: Titi Robin / santoor: Sandip Chaterjee

Mumtaz Begum Jehan Dehlavi, de son nom d’artiste « Madhubala », est une comédienne de l’âge d’or du cinéma indien des années cinquante, réputée pour sa beauté et ses talents d’actrice. De sa naissance en Afghanistan au sein d’une famille noble et pauvre à sa fin malheureuse, elle eut une vie à la hauteur de sa légende. Nous lui rendons hommage avec ce duo rhubab et santoor. Sandip Chaterjee est originaire de Calcutta et les cordes de nos instruments respectifs se sont reconnues entre elles sans difficulté. Que ce soit avec le rhubab ou bien avec le bouzouq ou la guitare (« Malika – e-sehra » et « Farq Hai Kya »), il y avait une évidence à improviser avec le subtil Sandip.

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direction artistique: Titi Robin / enregistré et masterisé en octobre 2010 aux studios blueFROG à Mumbai par Varun Nair (assistant: Ishit Kuberkar) / production indienne: Emmanuelle de Decker pour blueFROG / assistant de production: Zain Calcuttawala

Merci à: Renuka George, Dhruv Ghanekar, Mahesh Mathai, Simran Mulchandani, Carmelita Lobo, Emmanuelle de Decker et toute l’équipe du Blue Frog, Sanjoy K. Roy, Marielle Morin, Jatinder Singh et Aneesh Bola, Myriam Kryger et l’Alliance Française de Delhi, Bénédicte Alliot et le service culturel de l’ambassade de France, Lilian Ricaud, Anne Dubourg, Victoire Guena et l’Alliance Française de Mumbai, Hameed Khan et sa famille, le Mir Moazam Husain de Hyderabad et sa famille ainsi que le Dr Ashghar, Marya Kumari et La Coque Sapera. Votre confiance m’a été précieuse et indispensable. Je dédie ce disque à notre famille indienne de Jaipur ainsi qu’à la grande tradition poétique de Lucknow.

LES RIVES EN EUROPE

« Certainement l’un des projets les plus utopiques jamais entrepris par un musicien. »    Mondomix / décembre 2011

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LE COFFRET des RIVES en EUROPE (17)

Fin décembre 2011, un coffret intitulé « LES RIVES / RIVERBANKS » est sorti sur le marché européen, regroupant les trois productions indienne (लाल आसमान / Laal Aasman / ‎لال آسمان), marocaine (Likaat لقاءات) et turque (Gül Yaprakları).

Un DVD y est joint racontant cette aventure originale lors des trois enregistrements. Voici un extrait du film sur la réalisation du disque turc à Istanbul en janvier 2011 avec la chanteuse Özlem Taner:

C’est la réalisatrice indienne Renuka George qui a réalisé le film concernant l’enregistrement à Mumbai en novembre 2010. En voici également un extrait:

En décembre 2010, c’était à Inezgan, près d’Agadir, que nous avons réalisé le disque marocain (extrait 7 avec le rways El Houssine Taousse):

Ce coffret luxueux était une édition limitée et vue la demande très forte, il est proche, moins d’un mois après sa sortie, d’être épuisé (il faut se dépêcher pour débusquer les derniers exemplaires en rayon!). La maison de disque naïve prépare donc une édition nouvelle, plus modeste dans la présentation (ce ne seront plus les éditions originales importées en Europe mais un nouveau pressage français sous la forme d’un digipack triple, sans DVD, mais reproduisant bien sûr l’intégralité des enregistrements) et le très copieux livret du coffret « collector »présenté ci-dessus sera réduit. Je mettrai donc prochainement sur ce blog en ligne l’intégralité du texte du livret original, ce qui permettra à chacun de lire les traductions des chansons et les commentaires sur chacun des titres. A suivre …


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Gül Yaprakları / Pétales de rose (16)

Les Rives Turques / le disque

 » Gül Yaprakları « 

Voici une présentation de la troisième et dernière étape du triptyque:  Sur cette vidéo s’enchaînent des extraits des différents morceaux du disque turc, enregistré en janvier à Istanbul:

« L’aube s’étire lentement, comme une jeune fille après un profond sommeil. Cette nuit, j’ai rêvé que Yunus Emre prenait Yachar Kemal par l’épaule, et que, tels deux frères, ils visitaient le monde. J’ai rêvé que Köroglu frappait à la porte de la maison de mon père… » (extrait de «Seher Vakti (açış)» – texte: Thierry Robin / traduction: Gülay Hacer Toruk,  musique: Özlem Özdil/Thierry Robin) lu dans le disque par Hasan Yükselir.

« L’âme est légère, telle un souffle, elle traverse les corps, …les brindilles que le vent balaie me parlent de toi, le vent siffle ton nom, le rossignol se souvient de ton passage, et moi, je cherche tes traces en ce monde. » (extrait de «Can nuru» – texte: Titi Robin / traduction: Gülay Hacer Toruk,  musique: Titi Robin) chanté dans le disque par Aziz Hardal.

« Feuille de menthe, citron vert, comme lors d’une nuit sans lune, je perçois la lumière du ciel, dans tes moments de colère, je devine encore ton doux visage. » (extrait de «O gül yüzün» – texte: Titi Robin / traduction: Gülay Hacer Toruk,  musique: Titi Robin) chanté par Özlem Özdil dans le disque.

Ce disque sortira en début d’été en Turquie chez A.K. Müzik. Il sortira pour les fêtes de fin d’année en France et à l’international, distribué par naïve, dans un coffret associé aux deux autres disques indiens et marocains.


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Likaat لقاءات – Rencontres (15)

Les Rives Marocaines / le disque

Likaat لقاءات

Sur cette vidéo s’enchaînent des extraits des différents morceaux du disque marocain, à partir du pré-mixage (mixage définitif actuellement en cours).

« L’aube est douce, la lumière du ciel me réconforte… Le soleil de midi découpe des ombres sur nos visages comme la lame affutée d’un couteau… Le crépuscule caresse l’horizon d’un voile attendri… Que le souvenir de nos fêtes ensemble soit le miel de nos mémoires… Il n’y a pas plus grand plaisir sur cette terre que le partage. »(extrait de «Laawda Ila Lwatan» – paroles: Titi Robin / musique: traditionnel/Titi Robin) lu dans le disque par Lahocine Bardawz.

« Tu as chanté, ce matin, le nom d’une étoile que je ne connaissais pas. Il y a derrière ton coeur un endroit paisible où tu te réfugies quand le monde est sans foi, sans pitié… » (extrait de «Titrit Orsngh» – paroles: Titi Robin / musique: Titi Robin) lu par Abdellatif Atif .

« Regarde moi / Regarde moi / Feuille de menthe / signe du ciel / amande amère/ Regarde moi / Regarde moi / Regarde moi / Etoile filante / Où te sauves tu? / Signe du ciel / amande amère / regarde moi… » (extrait de «Smakl Guiti» – paroles: Titi Robin / musique: Titi Robin/Cherifa Kersit) chanté par Cherifa Kersit .

« Chaque matin, je me prosterne devant l’indicible / Chaque nuit, je danse avec la beauté du monde. / Le soleil embrasse amoureusement le désert, un fin serpent dessine sur le sable, avec tendresse, ton nom de rose… » (extrait de «Sahara» – paroles: Titi Robin / musique: Titi Robin) chanté par El Mehdi Nassouli.

joueuse de lotar du Souss (archive)

Ce disque sortira en fin de printemps au Maroc, produit et distribué par Ayouz Vision. Il sortira en France et à l’international pour les fêtes de fin d’année, chez Naïve, dans un coffret associé aux deux autres disques indiens et turcs.

A suivre, des extraits du troisième disque, sur le bord des Rives Turques ….

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लाल आसमान / Laal Aasman / ‎لال آسمان – ciel rouge (14)

Les Rives Indiennes / Le disque

लाल आसमान Laal Aasman  لال آسمان

Enfin de la musique! Sur cette vidéo s’enchaînent des extraits des différents morceaux du disque indien, afin d’avoir une petite idée des sonorités:

« Pour rencontrer l’Ami,  j’ai traversé trois ciels.

Pour rencontrer l’Ami, j’ai bu au sept sources. Sept fois , j’ai eu soif, sept fois, j’ai bu. »

(extrait de « Us dost ki talash mein »  paroles: Titi Robin / musique: Titi Robin ) chanté par Imran Khan dans le disque.

Les Rives Indiennes: « Laal Aasman » (ciel rouge).

« … Il y a souvent une part de regret en germe dans l’amorce du désir qui éclôt, comme l’ombre annonce parfois la venue du soleil. / Parfois, le jour ressemble à la nuit. / Ciel rouge et sang noir. / Il y a parfois plus de lumière sous la lune laiteuse que dans une journée sans tendresse… »

(extrait de « Dabba Hua Dard« , paroles Titi Robin, musique Titi Robin) chanté par Aparna Panshikar dans le disque.

« Qui me dira pourquoi mes égarements sont justes?

Ces détours / Ces sentiers sans lune, / Ces fausses pistes, /  Ces contournements, / Tous ces égarements sont justes. / Ils forment le dessein de mon destin… »

(extrait de « Mekhti Gulaab Si Zindagi mein » – paroles: Titi Robin / musique: Titi Robin) lu par Murad Ali Khan dans le disque.


« Quelle différence entre la couleur de tes yeux et la couleur du monde? Tes yeux sont les fenêtres à travers lesquelles j’entrevois la lumière du jour… » (extrait de « Farq Hai Kya » – paroles: Titi Robin / musique: Titi Robin) chanté par Mahalaxmi Iyer dans le disque.

Ce disque sortira isolément en début de printemps en Inde. Il sortira en France et à l’international pour les fêtes de fin d’année, dans un coffret associé aux deux autres disques marocains et turcs.

A suivre, des extraits des deux autres disques, marocains et turcs ….

(les photos de ciels accompagnant cet article ont été prises à travers les hublots des avions empruntés lors de ces voyages, d’une rive à l’autre.)

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HOMMAGE A YACHAR KEMAL (13)

« Cette nuit, j’ai rêvé que Yunus Emre prenait Yachar Kemal par l’épaule, et que, tels deux frères, ils visitaient le monde. J’ai rêvé que Köroğlu frappait à la porte de la maison de mon père. »

C’est ainsi que s’ouvrira, par la voix de Hasan Yükselir, l’album turc de ces Rives, baptisé »Gül Yaprakları« .

Je suis musicien, la musique est mon principal langage pour communiquer avec le monde. Mais un des artistes qui m’a le plus influencé est écrivain, c’est pour moi et pour beaucoup un des grands romanciers mondiaux, il se nomme Kemal Sadık Gökçeli, et son nom de plume est Yaşar Kemal (Yachar Kemal). Il a environ quatre vingt sept ans aujourd’hui, et ses livres m’accompagnent depuis une trentaine d’années.

Je rêvais depuis longtemps de témoigner à Yaşar Bey mon admiration, mon respect, d’échanger avec lui et de partager mes sentiments avec les gens qui suivent mon travail musical. J’ai semé, au long des albums, des graines d’indices afin d’ouvrir des fenêtres d’où on peut entrevoir les paysages qui ont guidé mon travail de compositeur et d’improvisateur. Nombreuses sont les fenêtres ouvrant sur l’univers esthétique de Yachar Kemal. Le titre de l’album « Un ciel de cuivre », publié en 2000, renvoie par exemple (même si le geste fut inconscient sur le moment) au roman « Terre de fer, ciel de cuivre ».

Je l’ai donc rencontré ce mois de janvier 2011, à Istanbul, lors de l’enregistrement du disque turc du triptyque. Ce jour là, le grand romancier allait présenter à la presse son premier livre de poèmes, il n’en avait jamais publié auparavant. Yaşar Kemal pense, comme Faulkner, que la poésie est la forme la plus exigeante d’écriture, la plus intense. Il lui aura donc fallu tout ce temps de maturation.

Nazim Hikmet, Abidine DIno, Guzine Dino, Münnever Andaç

En français, ses écrits nous sont parvenus principalement grâce à deux femmes, Münnever Andaç et Güzin (Guzine) Dino, dans une langue à la fois d’une grande finesse et d’une profonde noblesse. Je leur ai dédié le récent disque « Kali Sultana ».

Yaşar Kemal n’a jamais rompu le lien entre la culture orale populaire qui nourrit l’imaginaire de son peuple et sa propre création écrite et savante. Il a puisé dans la richesse des épopées turques, kurdes, turkmènes de l’Est anatolien et s’est également inspiré des écrivains de l’Ouest de l’Europe comme Stendhal. En celà, il est un modèle. Il recourt au geste poétique pour décrire la réalité avec justesse, car selon lui, seule la poésie a ce pouvoir. Il a fait au long de sa vie tous les métiers, depuis ouvrier agricole jusqu’à écrivain public, cueilleur de coton, marchand ambulant, et également « prisonnier » car la fidélité à ses idées l’a plusieurs fois menée en prison. Il a déclaré, lors d’une rencontre publique à Berlin avec Günther Grass, en 2010: «  « la prison est l’école des écrivains turcs. »

« Ceux qui écrivent les chants du peuple sont bien plus puissants que ceux qui font les lois. »

Il regrette que la littérature contemporaine se soit « coupée du peuple. Pour écrire, il faut commencer par retourner dans son village ».

Le personnage de ses romans le plus célèbre est Ince Memed, « Memed le Mince », dont l’histoire se développe sur quatre volumes.

Extraits d’un article-entretien (1982) avec Chris Kutschera(Latitude, N°3, Janvier 1982):

.. Yachar Kemal occupe une place unique dans le Panthéon de la littérature turque: à côté des “intellectuels” que sont Nazim Hikmet (1901-1963), ou, plus près de nous, Cetin Altan et Nedim Gursel, qui imitent les modèles occidentaux de la poésie et du roman, Yachar Kemal trace une voie originale, qui plonge ses racines dans la culture populaire turque. Yachar Kemal est considéré aujourd’hui, sans conteste, comme le plus grand écrivain turc vivant.

L’acte de création est certainement le phénomène le plus important de l’humanité… Quel rapport y-a-t-il entre l’existence de l’artiste, et l’oeuvre? Quelles causes poussent un homme à écrire, à créer? Ces questions fondamentales, cette question qui est sans doute la question majeure de l’histoire de l’humanité, n’a jamais été élucidée”… Dans le taxi qui longe le Bosphore, Yachar Kemal parle comme il écrit: c’est un véritable torrent, impétueux, qui rebondit sans cesse.

Originaire du petit village d’Erhis, près de Van, complètement ruiné, son père s’installe près d’Adana, dans le village d’Hemite, où il est devenu l’ami et l’homme de confiance d’un bey — et a refait fortune. “Après la mort de mon père, cette fortune a disparu en un an ou deux, et nous avons dû travailler sur la terre des autres”. La terre… C’est le principal personnage des romans de Yachar Kemal — ou plutôt la lutte pour la terre, cette lutte féroce entre des paysans que chaque nouvelle spoliation condamne à la famine, et les aghas et beys, cette classe de propriétaires parvenus qui se développe à l’ombre du pouvoir de Mustafa Kemal. Et la terre, pour Yachar Kemal, c’est une terre bien particulière, c’est la terre de la région d’Adana, de la plaine de Tchoukourova, qui revit sans cesse dans l’épopée de Mémed.

danse de femmes kurdes

D’origine kurde — sa mère était une pure kurde, et son père, de sang mélangé, parlait le kurde et le turc — Yachar Kemal est né dans un village de Turkmènes sédentarisés de la plaine d’Adana, et, affirme-t-il, “toute ma culture vient de là”. Mais il avoue avoir été très influencé par la “nostalgie” que sa famille gardait du Kurdistan, où sa mère allait une fois par an.

Obligé de travailler très jeune sur “la terre des autres”, il a travaillé pendant 8 ans comme gardien de rizières, puis comme conducteur de tracteur, la nuit. C’est à cette époque qu’il a observé la terre, la nature, comme peu de gens l’ont jamais fait: “Je faisais attention à tous les détails; la rivière, je la voyais le jour, la nuit, pour tout le monde c’est une rivière comme les autres, banale. Mais je savais qu’à chaque instant, elle était différente. J’ai réalisé que ma rivière était unique. Tenez, j’ai d’ailleurs écrit un livre sur ce sujet… un livre que j’ai mûri 40 ans! J’observais toutes les manifestations de la nature; pour moi, les fleurs ne se ressemblent pas. Plus tard, cela m’a beaucoup aidé quand j’ai écrit mes romans”.

A 8-9 ans, il était déjà connu comme le poète de son village. Plus tard, quand il devint gardien de rizière, il passait les mois d’hiver à errer de village en village, recueillant les contes et les légendes. A 17 ans, il devient un militant politique. Et comme il dit magnifiquement, de cette voix si belle, si grave, “à 18 ans, j’ai rencontré Cervantes pour la première fois”. Quatre ans plus tard, il faisait la connaissance de Stendhal. Cela grâce à des intellectuels, les frères Dino, exilés à Adana, qui l’ont aussi initié au marxisme. Yachar Kemal est assez discret sur cette période, se bornant à remarquer avec un sourire: “L’homme n’est pas tombé du ciel”… Par la suite, il a aussi été journaliste pendant 12 ans, puis pendant 8 ans, membre du comité central du Parti Ouvrier du Travail, le PC turc.

Pour lui, la culture, c’est d’abord la culture orale, la culture de ces poètes ambulants qui, pendant sa jeunesse, dans la plaine de Tchoukourova, étaient considérés comme des “personnes sacrées”: “Les villageois ne savaient ni lire ni écrire, mais ils connaissaient par coeur les grand poètes. Si un type ne savait pas les poèmes de tel ou tel poète, il était considéré comme un idiot. Quant aux femmes, elles devaient connaître les oraisons funèbres traditionnelles comme elles devaient savoir cuisiner”.

Aujourd’hui, il y en a encore mille ou quinze cents en Turquie, même dans les grandes villes comme Istanbul: “Si vous voulez, je donne un coup de fil, et je vous en fais venir plein”.

Plus sérieusement, il fait remarquer qu’il y a même des poètes ambulants dans les communautés turques d’Allemagne: déracinés, les ouvriers se raccrochent aux traditions. Yachar Kemal raconte alors une histoire qu’il aime beaucoup raconter à ses visiteurs: un jour, un de ses amis l’amène dans un café d’Istanbul pour écouter un très bon poète: à sa stupéfaction, il a entendu le poète raconter… l’histoire de Mémed le Mince: inspirée du fond traditionnel des paysans turcs, écrite par Yachar Kemal, elle avait été reprise par les poètes ambulants, et, dit Yachar Kemal, “elle était encore plus belle dans la bouche de ce poète” . C’est que le conteur d’histoires recrée son oeuvre chaque fois qu’il la dit”.

Intarissable sur la culture populaire de son pays, Yachar Kemal est beaucoup plus discret sur sa technique de travail. Il commence tout d’abord par dire qu’il ne fait pas de travail de documentation, qu’il ne prend pas de notes. Avant de commencer à écrire, dit-il, “je relis certains livres, je relis Nazim Hikmet, je relis “Le Rouge et le Noir”. Généralement, dit-il, il écrit “aussi facilement que l’eau coule”.

Je suis le romancier du changement … dans mes romans j’essaie de montrer que l’espèce humaine change comme la nature dans la plaine de Tchoukourova… J’ai écrit sur la désintégration du féodalisme. J’arrive maintenant à l’époque contemporaine… aux banquiers”.

« Le monde et l’humanité sont tellement riches que je n’ai pas dit le millième de ce que je veux dire…” (Latitude n°3, janvier 1982)

« L’ajonc pousse dans la terre la plus belle, la plus fertile. Sa taille ne dépasse pas celle de l’homme, mais d’une seule racine jaillissent plusieurs pieds. L’ajonc, quand il est jeune, est couleur de miel. A mesure qu’il prend de l’âge, sa couleur s’assombrit, vire du miel au noir. Au printemps, c’est l’ajonc qui, le premier, bourgeonne et se couvre de feuilles, le premier dont les fleurs jaunes éclosent. Les feuilles de l’ajonc sont tout d’abord d’un vert très pâle, les fleurs d’un jaune frais, puis les feuilles foncent d’un vert qui touche au noir et les fleurs, jaunes l’été, virent à l’orangé. » Yachar Kemal, Memed le faucon (trad Münnever Andaç)

photo: T. Sezer

« Les contreforts montagneux du Taurus commencent dès les bords de la méditerranée. A partir des rivages battus de blanche écume, ils s’élèvent peu à peu vers les cimes. Des balles de flocon blancs flottent toujours au-dessus de la mer. Les rives de glaise sont unies et luisantes. La terre argileuse vit comme une chair. Des heures durant, vers l’intérieur, on sent la mer, le ciel: odeur prenante. » Yachar Kemal Memed le Mince (trad Guzine Dino) »

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COK GÜZEL! (12)

Dans chacun des trois pays réunis pour ce projet, il y a toujours eu une personne particulière qui a servi de passeur, me permettant de rencontrer de nouveaux musiciens.

En Inde, la cinéaste documentariste Renuka George a eu ce rôle auprès de la nouvelle scène de musiciens classiques hindousthani de Delhi. Grande amoureuse de cette musique, elle fréquente les concerts privés organisés par les mécènes érudits et connaît donc de près ces artistes, sur lesquels elle a réalisé de très beaux films. Elle a bien voulu m’introduire auprès de certains d’entre eux.

Renuka avec Vinay Mishra

Au Maroc, Brahim el Mazned, berbère du Souss, est le créateur du fameux festival Timitar d’Agadir et il soutient depuis longtemps la scène musicale nationale, que ce soit pour son festival ou pour des tournées des artistes marocains dans le monde entier. Il m’ a ouvert de nombreuses portes et m’a accueilli chez lui pour la préparation du projet.

Brahim, chez lui, en bord de mer, à Taghazout

Ici, à Istanbul, c’est le jeune Ali Doyran qui m’a permis de rencontrer plus facilement les musiciens souhaités. Il a travaillé dans le milieu du disque depuis plusieurs années et est l’ami proche de beaucoup d’artistes turcs. Du coup, il est devenu naturellement l’assistant de production de cette session d’enregistrement auprès de Kerim Selçuk. Lui, Kerim  et Hacer m’ont vraiment bien entouré pendant tout ce temps.

Ali, entouré d'Özlem Özdil et Gülay Hacer Toruk

Le premier jour, nous avons enregistré la chanson de Gülay Hacer Toruk. Elle a chanté dans un pur style turc, mais en utilisant également la langue française, qui est celle du pays où elle vit depuis son enfance, créant ainsi un lien musical entre ses deux pays. Cette démarche était importante pour elle, comme pour nous tous si nous avons plusieurs cultures en héritage et souhaitons trouver un équilibre fécond entre elles.

Izzet Kızıl nous accompagnait aux percussions. C’est un musicien prodigieux de musicalité, qui peut faire pleurer quand il joue au davul les rythmes de ses origines kurdes, à l’est de la Turquie, la région de Diyarbakır. Il a beaucoup renouvelé la manière d’appréhender rythmiquement mes compositions. Il vit à Istanbul, tourne internationalement avec par exemple « Istanbul Sessions » (où se croisent Ilhan Ersahin et Eric Truffaz) mais garde une sensibilité intimement liée à sa Mésopotamie natale.

Le deuxième jour, le chanteur de poèmes soufis kasıdesı Aziz Hardal nous a rejoint, ainsi que Yasin, le jeune fils du maître de ney Sadrettin Özçimi. Je souhaitais marier mon jeu de bouzouq au chant soufi, qui est parent du chant flamenco par bien des aspects. Hacer avait traduit en turc le poème destiné à cette séance. Après répétition, il ne faudra qu’une seule séance pour enregistrer la version que nous avons gardée. J’étais heureux d’être aussi à l’aise aux côtés d’Aziz, son chant était tel ce souffle dont parlait la poésie qu’il interprétait: « L’âme est légère, telle un souffle, elle traverse les corps, ... »

Le jour suivant, c’est l’équipe de Duygu Müzik, autour du joueur de kaval (flute) Hodja* Sinan Çelik, qui nous rejoint en musique. Nous sommes accueillis dans son studio pour toute la session. Il y a à ses côtés Özlem Özdil, au bağlama (saz) et au chant et Cem Ekmen aux hautbois mey et balaban (duduk). Ils représentent cette culture anatolienne chère à mon coeur et dont je me sens très proche. Des aşık alevi à la poésie de Yunus Emre et Pîr Sultan Abdal, du jeu du bağlama à la voix de Aşık Veysel, il y a là une richesse qui m’a toujours comblé.

Sinan a produit il y a quelques années avec un grand succès populaire des disques de Özlem Özdil, Güler Duman et Musa Eroğlu.

La tradition des ashiks est très vivante et populaire en Turquie et les alevis bektashis représentent près d’ un quart de la population turque. C’est une branche différente de l’Islam orthodoxe, qui a conservé de fortes traditions soufi de l’Asie Centrale et qui est très présente dans les combats laïcs et sociaux de la Turquie contemporaine. Ils prient en musique et ne reconnaissent pas tous les rituels de l’Islam dominant.

« Quand tu cherches Dieu, cherche-le dans ton coeur. Il n’est pas à Jérusalem, ni à la Mecque, ni dans le hajj. »  Yunus Emre

« Mille pélerinages à la Kaaba ont moins de valeur que la conquête d’un seul coeur. » Haci Bektas Veli

» Celui qui fit ce talisman qu’est l’homme / Celui qui sait parler toutes les langues / Celui que ciel ni terre ne peuvent contenir / Est contenu tout entier dans mon âme. «   » Nous avons plongé dans l’Essence / et fait le tour du corps humain / Trouvé le cours de l’univers / tout entier dans le corps humain. / Dieu est là où le mets ton désir, tout entier dans le corps humain.«  Yunus Emre

Titi au salon de thé turc travaillant aux poésies de l'album

Özlem Özdil m’avait proposé de chanter un de mes thèmes favoris, « ton doux visage », qui est au départ un instrumental. J’ai écrit un texte que Hacer a traduit, puis Özlem l’a à la fois chanté et lu. Avec la version indienne lue par Murad Ali, cette mélodie voyage beaucoup.

palais d'Ishak Paşa, Anatolie

Un matin arrive d’Ankara Selçuk Balcı, joueur de kemençe de Karadeniz (la Mer Noire). Personne ne le connaissait autour de moi à Istanbul, je l’avais découvert sur internet uniquement et j’avais aimé son jeu et ce que je ressentais de sa personnalité. On avait eu beaucoup de mal à trouver son contact. Finalement, nous rencontrons un jeune musicien de 22 ans seulement, qui joue depuis l’âge de dix-sept ans. Il a un peu d’expérience professionnelle et joue surtout magnifiquement et a un bel appétit de vivre dont nous profitons tous. Il s’est mis à jouer le kemençe lorsque ses parents ont quitté la région de Trabzon, au bord de la Mer Noire, pour s’installer à Ankara. C’est le mal du pays qui l’ a poussé à jouer de cet instrument emblématique de Karadeniz.

Depuis le début de l’aventure des Rives, je rencontre énormément d’excellents musiciens de la jeune génération, c’est impressionnant, cette richesse et cette vitalité, de l’Inde au Maroc, en passant par la Turquie, il y a à la fois un tel respect de la tradition et une furieuse volonté d’aller de l’avant, et d’harmoniser tout ça avec énergie et plaisir.

Je connaissais Hasan Yarimdünya depuis l’époque de la rencontre avec Okay Temiz et Erik Marchand, puis Erik nous avait réunis à plusieurs reprises, mais ça faisait un certain temps que je n’avais pas revu Hasan abi*. Hasan joue un style de clarinette tzigane turque qui devient rare depuis l’avènement de la star Hüsnü Şenlendirici…. ou même du jeu virtuose de son propre fils Taner Yarimdünya. J’aime beaucoup le jeu moderne mais la sensibilité de Hasan Abi est irremplaçable, elle lui ressemble, tendre, humble et subtile. Un doux parfum se dégage de ses improvisations.

Hasan a joué avec le jeune Selçuk quelques mélodies, puis avec le fameux accordéoniste d’Istanbul Muammer Ketencoğlu nous a rejoint, accompagné d’une chanteuse turkmène (et kurde), Özlem Taner. La rencontre a été étonnante: j’ai proposé une rumba dans mon style gitan, mariée au style des balkans de Muammer, à la clarinette tzigane de Hasan, aux percussions de notre kurde Izzet et Özlem Taner a posé son chant traditionnel turkmène sur ce tapis. C’était magique, ça s’appellera « Farımaz – Rumba türkmen« . Il y avait beaucoup de tendresse entre tous, ça a permis de créer en si peu de temps ce morceau ou chacun prend la parole à tour de rôle.

Titi et Özlem Taner

Comme vous pouvez le voir sur les photos, le local de Duygu est aussi un lieu de vie. Ici, de nombreux musiciens viennent profiter des leçons de Sinan Hodja. Pour nous, c’est idéal de répéter et manger sur place, de passer du temps ensemble, d’écouter la musique sortir des autres pièces, car ça joue dans tous les recoins, et ça sonne magnifiquement.

Dans chacun des projets, j’ai laissé une place à la musique de la langue. Chaque album s’ouvre avec en parallèle la musique et la lecture d’un texte présentant le sens du disque. A Istanbul, c’est la voix profonde du chanteur Hasan Yükselir qui récite en turc le texte d’introduction et un extrait d’un écrit de Yaşar Kemal.

L’ingénieur du son,  Murat Mutluöz, est un turc issu d’une famille originaire de Bulgarie (la famille d’Ali Doyran est, elle, originaire de Macédoine).

On le voit ici au premier plan écoutant une prise avec à ses côtés Kerim Selcuk, le producteur du disque. Il y avait aussi pour nous préparer les repas, les nombreux tchai et la chorba quotidienne, Fatma abla*. Je dois avouer que je me suis régalé en Turquie! Merci à ma soeur Fatma à qui j’ai demandé plusieurs fois de venir donner son avis sur les enregistrements.

Titi avec Fatma Abla

l'équipe de A.K. Müzik au grand complet

Lorsqu’après une semaine d’enregistrement, nous avions enregistré toute la musique, il nous restait une semaine pour mixer et masteriser ce travail. Pendant la journée de transition, je suis parti marcher dans Istanbul, accompagné de Ali Doyran, Kerim Selçuk et de l’équipe qui avait filmé les séances de studio: Buğra Dedeoğlu et Baycan Akçayoz. C’est Yasemin Taşkın, qui me les avait fait rencontrer et avait organisé ces captations.

Yasemin Taşkin, Titi et Ali Doyran (mosquée Sultan Ahmed)

En fin de mixage, nous sommes allé masteriser les morceaux mixés à Babajim, nouveau lieu impressionnant d’Istanbul, studio dernier cri, où Pieter Snapper est devenu l’ingénieur du son incontournable. Il s’est vraiment investi lui aussi dans le projet et ça a été un régal d’assister à la naissance du troisième bébé, que l’on a baptisé « Gül Yaprakları« , et qui devrait sortir en Turquie fin avril, et en France et à l’international pour les fêtes 2011, rejoignant au sein du coffret naïve les deux autres albums indiens et marocains.

Il m’est difficile de décrire mes sentiments à l’heure où je termine la réalisation de ce dernier tome du triptyque « Les Rives ». Ce défi fou est relevé, dans sa partie artistique. Il reste à mener à bien la réalisation technique avec les quatre maisons de disque pour la diffusion, afin que les publics que je désire toucher aient vraiment l’occasion de rencontrer ces musiques. Je vais, lors du prochain article, vous raconter une rencontre essentielle pour moi qui a eu lieu à Istanbul, avec un artiste qui a eu dans mon travail une influence considérable. Je prépare également des montages sonores d’extraits des enregistrements réalisés dans les trois pays, afin de vous donner une idée de ce qui attend vos oreilles.

Lac de Van par J.Powell (1979)

site de Ali Doyranpage facebook de Selçuk Balcı / site sur Sinan Celik /site officiel de Özlem Taner / site de A.K. MÜZIK / Site de Özlem Özdil (et page facebook) / site officiel de Muammer Ketencoglu / site de Babajim

Hodja*: maître  / abi*: grand-frère / abla*: grande-soeur (marques de respect)

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LES RIVES TURQUES (11)

MES INVITES SUR LES RIVES DU BOSPHORE:

Janvier 2011

Au moment d’entamer ce troisième enregistrement, après ceux de Mumbai et Agadir, je vous présente aujourd’hui les invités de ce nouveau projet, sur les rives du Bosphore, à Istanbul. Hmm… En réalité, c’est moi l’invité! … tous ces artistes me font l’honneur de m’accepter à leurs côtés. Cette bonne vieille école buissonnière n’a pas de fin …

Voici Hasan Yarim Dunya, clarinettiste tzigane de Gelibolu, improvisateur d’une grande délicatesse, avec qui j’avais joué il y a longtemps, en compagnie d’Erik Marchand et Okay Temiz. Ca a été un bonheur de le retrouver il y a quelques mois pour parler de ce projet:

Titi & Hasan, fin des années 80 (au quartier tzigane de Gelibolu

Les retrouvailles en 2010 (chez A.K. Müzik à Istanbul)

vidéo: Hasan avec l’orchestre familial à Gelibolu

La virtuose du bağlama (saz) et chanteuse Özlem Özdil que j’ai rencontré à plusieurs reprises lors de mes précédents séjours à Istanbul, et dont j’avais beaucoup apprécié le dernier disque « Zamansız Yağmur » sera présente. La voici toute jeune à la télévision nationale dans son impressionnant style de « şelpe » (technique instrumentale ):

Nous avions commencé à jouer ensemble pour le plaisir chez Sinan Celik, l’année dernière, au son du bouzouq et du bağlama:

Titi & Özlem, 2010

Sinan Celik est le spécialiste du kaval, la flute populaire, et un maître des musiques turques auprès de qui la jeune génération aime à venir se ressourcer. Il a créé un lieu dédié à la musique, à Istanbul, où il est possible de jouer (la moindre occasion est prétexte à chanter et faire de la musique), de répéter, d’enregistrer (un studio professionnel est installé à l’étage), et de produire des disques (les productions Duygu Müzik).

Sinan Celik, Özlem Ozdil, Titi & Gülay Hacer Toruk

Gülay Hacer Toruk, ci-dessus à droite, est une jeune chanteuse turque vivant en France qui avait posée sa très belle voix dans mon disque « Un ciel de cuivre » en l’An 2000 et qui, au sein de « Tzane » et surtout de sa propre formation en trio, représente le chant turc en Europe de l’Ouest. Nous tenterons, dans ce nouveau projet, de construire un pont artistique entre nos deux pays, en mariant les poésies turques et françaises dans une même chanson. C’est également Hacer qui, patiemment, traduit en ce moment les poésies en turc.

Voici une vidéo de la chanteuse turkmène et kurde Özlem Taner que je vais rencontrer pour la première fois, après l’avoir entendue principalement sur disque. Kerim Selçuk,  le producteur de A.K. Müzik qui réalise ce disque turc a fait l’intermédiaire pour l’inviter de ma part.

Izzet Kızıl, percussionniste très réputé,  joue régulièrement sur la scène internationale. En discutant lors de notre rencontre, nous nous sommes découvert de nombreux amis communs comme par exemple un autre excellent percussionniste, Bijan Chemirani.

Aziz Hardal est un impressionnant  interprète du chant soufi de Turquie. Voici une vidéo où on peut entendre sa voix magique.

Je ne concevrais pas un disque ici sans les hautbois: duduk, mey ou zurna. C’est Cem Ekmen, ami d’Özlem et Sinan, qui sera le souffleur, en réponse (virtuelle) au shehnaï des frères Shankar à Mumbai.

A l’accordéon, instrument qui rappelle que les Balkans ont toujours respiré dans la sphère ottomane, c’est Muammer KETENCIOGLU qui interviendra.

Selçuk BALCI est un jeune joueur de Kemençe virtuose des bords de la Mer Noire. J’adore le style de cette région et cet instrument. Le voici ici (à gauche) avec son collègue Ali Yildirimhan, en duo complice.

Süleyman ERGUNER, frère de Kudsi et grand maître du ney classique ottoman, m’avait contacté pour que nous travaillons ensemble mais ça ne sera sans doute pas possible cette fois ci. Je ne sais pas encore qui le remplacera. Voici toutefois Suleyman Bey avec un ensemble de ses élèves, à la télévision nationale turque, qu’il a dirigé pendant de nombreuses années:

La maison de disque qui produit cet enregistrement et réalisera le CD est donc A.K. Müzik, dirigée par Kerim Selçuk et sa femme Ayşe. Ils importent déjà et distribuent mes disques français (produits par naïve) en Turquie. Je présenterai leur travail dans un prochain article.

vue sur le Bosphore

(photo: Vue sur le Bosphore depuis une fenêtre de A.K. Müzik, à Istanbul)

Je pars donc demain pour Istanbul, la dernière étape de ce triple périple. Je m’endormirai demain sous le ciel de la Turquie. Je respirerai demain l’air des Rives du Bosphore. Odeurs de cumin et de goudron, de citron et de fumée de charbon, de simit et d’ayran, l’hiver à Istanbul se sent autant qu’il se voit, et le vent qui fouette le visage du passant est rugueux. Demain, mes notes et mes rythmes nageront au milieu de vagues ottomanes, je vais m’y plonger. Les frères et soeurs turcs, demain, maquilleront ma guitare de couleurs vives ou sombres …

… Quand je me lèverai, demain, l’aube sera claire et parfumée. M’étirant lentement, je rallumerai le feu et le rêve d’une nuit profonde se rappellera à moi: Je rêvais que Yunus Emre, prenant Yachar Kemal par l’épaule, visitait Petite-Mère Sultane, dans son refuge montagneux. L’alezan de Memed le Mince broutait paisiblement sous un chêne centenaire et des aigles royal dessinaient dans le ciel le visage de Karacaoğlan, tandis que l’eau d’une fontaine toute proche fredonnait le nom de Köroglu…

« les quatres coins de sa joue sont roses rouges et rosées
si je l’embrasse, ils me tuent, si je ne l’embrasse pas, je meurs »
kerkük divani (traduit par Gülay Hacer Toruk)

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